
Mon désir n’avait pas disparu, il muait
MANIFESTES
Mina Cambrai
6/16/2026


Il y a des pauses que l’on pourrait croire vides, parce qu’elles ne font pas de bruit. Encore plus après des périodes riches en rencontres et en corps à corps.
De mi-décembre à fin mars, je n’ai pas cessé d’être une femme de désir. Je n’ai pas rangé mon feu dans une boîte. Je n’ai pas renoncé à mon corps, ni à la sensualité, ni au plaisir.
Simplement, quelque chose en moi refusait de continuer exactement de la même manière.
Mon désir n’avait pas disparu. Il muait.
Il quittait peut-être l’urgence, la validation, les élans mal dirigés, les failles dans lesquelles on laisse parfois entrer des présences qui ne savent pas vraiment nous rejoindre.
Il devenait plus exigeant. Moins affamé de preuves. Plus attentif à la qualité de ce qui l’éveille.
Pendant cette pause, je n’étais pas fermée. J’étais en réajustement.
Et c’est peut-être cela, au fond, qu’on oublie trop souvent : une femme peut ne pas avoir de rapports sexuels pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois sans être coupée de sa sexualité.
Elle peut être en train de trier, de comprendre, de récupérer son énergie, de sentir ce qui ne lui convient plus.
De laisser son corps redevenir un lieu à elle avant de l’ouvrir à nouveau à quelqu’un.
Elle peut même continuer à jouir, à se célébrer seule. Et elle se le doit, si elle en a envie.
Le désir féminin n’est pas toujours une ligne droite. Parfois, il ralentit pour ne plus se gaspiller. Parfois, il semble absent alors qu’il prépare une version plus juste de lui-même. Parfois, il se retire pour se canaliser et mieux s’expandre.
Ce n’était donc pas une période morte. C’était une mue.
Et quand le désir revient après ça, il ne revient pas forcément plus sage.
Il revient plus vrai.
Il sait mieux ce qu’il veut. Il sait mieux ce qu’il refuse.
Il ne cherche plus seulement à être réveillé.
Il cherche à être honoré.
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