
Le sexe n’a pas besoin d’être sacré pour être respecté
Le sexe peut être tendre, brut, drôle, profond, léger, bestial, amoureux ou sans lendemain. Ce qui le rend juste, ce n’est pas le niveau d’attachement. C’est l’envie, le consentement, le respect et le plaisir.
MANIFESTES
Mina Cambrai
8/1/2026


Je vois de plus en plus émerger sur les réseaux sociaux une tendance à vouloir sacraliser le sexe. À le considérer comme sale ou dégradant dès qu’il existe en dehors d’une relation sentimentale. Jusqu’à propager des informations totalement WTF, comme le fait de se contaminer avec les énergies des hommes qui resteraient en nous six ans.
Déjà, j’aimerais savoir : pourquoi six ans ?
On parle de sperme ? Comme la plupart des femmes, je me protège. Le préservatif est non négociable.
Si on parle d’énergie, alors parlons-en sans fantasme. En physique comme en chimie, rien ne disparaît par magie : la matière et l’énergie se transforment, circulent, changent d’état. Mais ça ne veut pas dire qu’un homme laisse en nous une empreinte sexuelle mystique pendant six ans. Et au contraire, une bonne partie de jambes en l’air peut parfois nous recharger, nous remettre dans le corps, nous rendre plus vivantes.
Pourquoi doit-on toujours choisir entre deux extrêmes ?
Soit le sexe est sale, honteux, dégradant.
Soit il devient sacré, énergétique, fusionnel, « à réserver à quelqu’un qui mérite ton temple ».
Dans les deux cas, on enferme encore le corps féminin dans une règle extérieure.
J’aimerais qu’on redonne sa vraie place au sexe. Du plaisir avec ou sans attache, avec ou sans amour, sans règle unique du jeu. De l’envie et du respect, même quand il est plus hard.
Le sexe n’a pas besoin d’être sacré pour être beau.
Il n’a pas besoin d’être amoureux pour être juste.
Il n’a pas besoin d’être doux pour être respectueux.
Parfois, le sexe est juste du sexe.
Et ce n’est pas moins noble pour autant.
Le plaisir a sa place dans chaque élan possible.
Il est parfois une profonde connexion qu’on ne peut rationaliser.
Il peut être une bonne baise ou juste une curiosité.
Parfois une pulsion assumée, comme au pic de l’ovulation.
Il a le droit d’être tendre ou sauvage.
Il peut aussi ne mener nulle part après ce moment partagé.
Le plaisir n’a pas de règle unique. Il est libre, et c’est très bien comme ça.
Le vrai critère n’est pas : « Est-ce que c’est sérieux ? »
Le vrai critère, c’est : est-ce que c’est choisi, clair, consenti, respecté, vivant ?
Et alors ces histoires de bodycount qui rendraient les femmes « impures », toujours les femmes d’ailleurs, me rendent malade.
Je refuse qu’on remplace la honte religieuse d’hier par une honte énergétique nourrie par des incels ou des pseudo-gourous.
Ces discours prétendent protéger les femmes, mais finissent souvent par faire exactement l’inverse : leur faire peur de leur propre désir, de leur curiosité, de leur corps, de leur histoire sexuelle.
Mon corps m’appartient.
Je reste libre de dire oui ou non. De faire entendre mes envies et mes limites. De jouir avec qui je veux, quand je veux, comme de choisir de faire une pause sexuelle sans pour autant être frigide.
Je n’ai pas besoin de sacraliser le sexe pour lui donner de la valeur.
Je n’ai pas besoin de le salir non plus pour reconnaître qu’il peut être simple, animal, direct, enjoué, charnel.
Sa vraie place, pour moi, est dans l’envie claire, le consentement vivant, le respect réel et le plaisir partagé.
Le reste n’est souvent qu’une nouvelle manière de dire aux femmes quoi faire de leur corps.
Et mon corps, justement, n’a jamais eu envie d’obéir.
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