Le minou intermittent de Melrose Place

Pendant plusieurs années, il fut mon minou intermittent : beau, disponible par épisodes, habitant dans une résidence qui sentait la série américaine, et beaucoup trop bavard au mauvais moment.

PORTRAITS

Mina Cambrai

9/15/2026

Je devais avoir 20 ou 21 ans quand on s’est rencontrés pour la première fois. Lui peut-être 1 ou 2 ans de plus. Une conversation sur Meetic (à l’époque où le site était gratuit pour les femmes et surtout n’avait aucune concurrence) et le soir même le premier rendez-vous.

Il était vraiment beau. Pas très grand mais bien gaulé, brun aux yeux bleus et avec un sourire à la fois charmant et sexy. Un des plus beaux hommes que j’ai fréquentés, même si depuis, le temps et son mode de vie semblent avoir fait leur œuvre.

J’adorais aller chez lui, apaisée par ce qui s’en dégageait. Sa résidence avait une vibe de série américaine des années 90, comme son appartement. Les soirs d’été étaient calmes et agréables sur la terrasse pour y dîner ou boire un verre.

Il n’était pas une histoire, pas un grand amour, pas forcément un sexfriend. Un retour périodique, un corps connu, une porte qu’on rouvrait parfois. Pendant presque dix ans avec des coupures de plusieurs années.

Avec lui, les préliminaires comptaient vraiment, pour les deux. Il n’hésitait pas à donner de ses baisers, de ses doigts, de sa langue… et même une fois de sa bouteille de champagne !
Il était bien équipé, se donnait à fond dans ce qu’il faisait, mais il ne savait pas embrasser. Et il parlait. Beaucoup. Surtout pendant qu’il me pénétrait.
Et je ne parle pas d’onomatopées, de mots doux ou crus, non.
Il me racontait sa vie, sa journée, à deux doigts de me raconter ce qu’il avait mangé au déjeuner et de me détailler son planning du lendemain.
Très mauvais timing pour me faire son autobiographie.
À plusieurs reprises j’ai eu envie de lui dire de se taire mais il me faisait très bien l’amour et je ne voulais pas le couper dans son élan. Et il était vraiment beau.
J’ai tout de même fini par lui glisser par sms un « Tu parles trop pendant » quelques années plus tard, à sa demande sur des « axes d’amélioration ».

Je partais toujours avant l’aube, vers 5h, qu’il soit réveillé ou non. Mon côté Cendrillon. Sauf une fois, la dernière fois que nous nous sommes vus. J’ai passé la nuit entière avec lui et j’ai pu apprécier ce moment à généraliser, l’homme qui descend vous lécher au réveil. Joie simple et trop rare d’un homme qui ne considère pas que le désir expire avec la nuit.

Avec lui, je n’ai jamais vraiment su si je revenais pour l’homme, pour le décor, pour le corps connu ou pour cette étrange facilité à reprendre là où nous n’avions rien laissé.
Peut-être un peu tout ça.
Peut-être que certains minous ne sont pas faits pour marquer une vie, seulement quelques nuits. Une résidence façon Melrose Place. Et le souvenir très appréciable d’une langue matinale.

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