Jouir Seule

Le plaisir solitaire n’est pas ce qu’on fait faute de mieux. C’est une manière de rester en lien avec son corps, son désir et sa propre capacité à se faire du bien.

MANIFESTES

Mina Cambrai

9/8/2026

Alors que je peine à trouver un homme qui me donne envie de séduction et de charnel, sans compter ma flemme de dédier du temps à sortir pour ça ou parcourir les applications de rencontres, j’ai toujours du désir et l’envie de jouir quotidiennement.

J’ai bien sûr quelques minous déjà testés sous la main mais le plan B est à des milliers de kilomètres, le plan C travaille sept jours sur sept pour le moment et le plan D ne m’a pas vraiment donné envie de revenir.

J’en reviens donc toujours à mon plan A, moi. Et ce n’est pas une punition. C’est même parfois plus simple, plus efficace, plus fiable, plus intime.

Je ne jouis pas seule parce que personne n’est là.
Je jouis seule parce que je suis là.

Pourquoi devrait-on se priver d’un plaisir tel que l’orgasme qui en plus d’être bénéfique pour le moral, le psychisme, l’est aussi pour la santé ? Sous prétexte que nous n’avons pas de partenaire, ou que celui-ci n’est pas disponible ou n’a pas envie ? Car oui, la masturbation devrait également être acceptée voire banalisée même en étant en couple si quelqu’un en éprouve l’envie. Si la relation est « saine », ce n’est pas moins désirer l’autre, ni fantasmer sur quelqu’un d’autre, c’est rester à l’écoute de son désir et de son plaisir.

Il y a encore quelque chose d’un peu honteux autour du plaisir solitaire féminin. Comme s’il fallait qu’il soit discret, exceptionnel, compensatoire. Comme si une femme qui se touche souvent manquait forcément d’un homme, d’amour, de sexe ou d’attention. Sans compter les injonctions religieuses et pseudo-spirituelles.

Pourtant, je ne vois rien de triste dans le fait de connaître son corps. Rien de pathétique dans le fait de savoir se donner du plaisir. Rien de moins désirable dans le fait de ne pas toujours attendre qu’un autre vienne appuyer au bon endroit.

Au contraire, connaître son corps permet de mieux guider son partenaire. Savoir se donner du plaisir n’empêche pas de reconnaître et d’apprécier l’intensité du plaisir à deux. Les hommes matures émotionnellement et sexuellement savent souvent apprécier une femme qui connaît son corps, qui peut les guider, mais aussi prendre le relais dans certaines positions pour augmenter le plaisir. Ajoutez à ça qu’ils aiment particulièrement être stimulés par le côté visuel et auditif, vous devenez clairement à cet instant l’incarnation du désir.

Jouir seule n’est donc pas ce que je fais faute de mieux. C’est ce que je fais parce que mon corps m’appartient aussi quand personne ne le touche.

Et il y a un avantage indéniable : je me connais parfaitement et j’arrive à me faire jouir à tous les coups, au tempo que je souhaite.

C’est toujours plus rapide qu’un date, moins décevant qu’un minou tiède, et ça ne disparaît pas trois semaines avant de revenir tester si la porte grince encore.

Le plaisir solitaire ne remplacera jamais la peau de l’autre.
Il ne remplace pas une bouche, une présence, une odeur, une tension partagée.

Mais il rappelle une chose essentielle : mon plaisir ne commence pas quand quelqu’un me désire.
Il commence quand je m’autorise à l’écouter.

Et parfois, la main la plus fiable reste encore la mienne.
Surtout quand elle sait où trouver mon vibromasseur.

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