Celui qui ne m’a peut-être jamais pénétrée

Il y a des hommes dont le corps laisse un souvenir précis. Et d’autres dont il ne reste qu’une sensation trouble, douce, presque irréelle.

PORTRAITS

Mina Cambrai

8/4/2026

Durant mes premières années d’expérimentation, que certains qualifieraient sûrement de débauche, j’ai fait la connaissance d’A. Un homme très séduisant, aux origines métissées, toujours bien habillé et très cultivé. Et il sentait si bon en plus d’avoir la peau douce. Nous partagions tous les deux notre amour pour les rythmes d’Amérique latine, comme celui du rhum.

Il avait une façon de me regarder et de me parler qui m’envoûtait. Notre première rencontre m’avait paru tellement naturelle et familière.

Il y avait de la complicité, de la séduction et énormément de douceur dans ses paroles comme dans ses gestes.

Il était extrêmement habile de ses doigts et de sa langue avec lesquels il parcourait mon corps. Ses lentes caresses étaient assurées et empreintes de volupté.

Faire l’amour avec cet homme était un poème.

De ces poèmes qui vous susurrent des compliments à l’oreille, effleurent votre lobe puis descendent le long de votre cou.
De ces poèmes qui vous font vous sentir désirable et désirée.
De ces poèmes qui vous laissent totalement vous abandonner au plaisir.

Nous n’avons fait l’amour que deux ou trois fois, mais ces moments étaient tellement hypnotisants, intenses et jouissifs qu’ils m’ont toujours laissé avec un doute.
Je n’ai jamais pu me rappeler s’il m’avait pénétrée de sa queue ou non.

C’est un questionnement assez curieux, je le conçois, surtout que nous ne buvions qu’un ou deux verres. Et qu’il goûtait, lui aussi, à ma langue comme à ma bouche.
Mais contrairement aux autres hommes qui ont partagé mon lit (ou moi le leur), je n’en ai aucun souvenir. Et ça, depuis très longtemps.

Avec ou sans pénétration, nous faisions l’amour quoi qu’il en soit.

Même si finalement ça ne m’étonnerait pas qu’il ne m’ait jamais pénétrée. Sa petite amie m’a appelée quelques semaines après en ayant trouvé mon numéro dans ses contacts, lui qui se prétendait célibataire…

Pour certains hommes, ne pas pénétrer semble suffire à ne pas vraiment tromper.
Comme si l’infidélité commençait uniquement au moment où leur queue franchissait une frontière.

Moi, je me souviens surtout qu’il m’a fait l’amour comme un poème.
Et qu’un poème, parfois, ment très bien.

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